Fábrica de fallas
Ecrit par wejna le mars 7th , 2011« Chaque coeur est une cellule révolutionnaire », une habitante de La Vecinda
Près de la station Acoyte à Buenos Aires, je frappai à la porte d’une vieille maison. Une rumeur de rires et de tambours s’en échappait. On m’avait parlé de cet endroit, La Vecinda : une maison ouverte d’une dizaine d’habitants plus ou moins permanents, une résidence artistique underground, des rencontres nocturnes. L’esprit ? fábrica de fallas, une fabrique de bugs : ces petits insectes internes qui nous font douter de notre pré-programmation pour nous faire prendre d’autres chemins en nous ouvrant à d’autres systèmes.
Une jeune femme ouvre enfin. Elle porte un pantalon large style indien, bleu indigo, un T-shirt blanc déchiré aux manches, une tresse. A l’intérieur, cinq hommes tapent des peaux dans le patio pendant que les filles dansent. On applaudit, on achète des bières en cuisine, on fait tourner un puro, l’air est encore chaud. Le thème ce soir tourne autour du condombe, ce tambour à l’âme afro-uruguayenne. Des musiciens se prêtent au jeu d’un bœuf entre deux documentaires projetés.
Deux jours plus tard, je repasse à la maison dans l’après-midi. C’est plus calme. Kari, qui m’accueillit la première fois, me raconte qu’elle est arrivée ici pour faire des études puis qu’elle est restée. Elle n’a aucune envie de retourner en Inde, va peu dans d’autres quartiers de Buenos Aires. Elle prétend que la maison est un voyage en soi, de tous les jours, une source d’apprentissage à travers les gens qui y passent, des mélanges de cultures. Elle m’explique que le lieu est idéal pour créer, expérimenter dans toutes les disciplines et s’ouvrir aux autres. Derrière elle, le mur du patio est entièrement tagué, une immense fresque éclatante de couleurs. Gabriel lui aussi est un habitué du lieu. Il n’y habite pas, y passe seulement. Il connait tout sur tout, des maths à la géographie. Un Japonais rentre sous les bromas (plaisanteries) de ses compagnons : “Ça y est, la planète est au complet !”. Aux fourneaux, une jeune femme prépare des salades pour ceux qui sont là et des plats à vendre le soir pour récolter des fonds. On m’offre une cigarette et fumant je les observe. Ils sont jeunes. Ils sont vivants, échoués ici, sur cet espace de liberté. Soñar, luchar, agradecer…Rêver, lutter, remercier…
Caro est excellente cuisinière mais aussi « directrice artistique » de la radio libre La Tribu. Car La Vecinda au commencement abritait un projet de radio alternative. Expérimenter le son, parler de liberté d’expression sont au programme. Là-dessus, aussi, nous devrions avoir quelques ponts à bâtir ensemble…
El rincón parlante - le coin qui parle ou 7 secondes pour s’exprimer :





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