Ecrit par wejna le juin 10th , 2010
Un vieil homme attend au café du village, sur la place principale de Kakopetria. La matinée est déjà chaude, 28° dehors. Il se tient droit, il boit un Nescafé à une table en terrasse, il attend. Il a sorti un beau costume et a lissé ses cheveux en arrière. Il tâte sa poche gauche. Non, il ne l’a pas oubliée.
Un minibus s’arrête devant le café. La porte s’ouvre et le vieil homme monte en saluant les touristes d’un “Good morning !”. Le bus descend jusqu’à une vieille fermette. En réalité c’est une église du XIIe siècle. Appuyé sur sa canne mais d’un pas décidé, le vieux Christos se dirige vers l’arrière du bâtiment. Il sort la clé de sa poche gauche, ouvre une porte, ravasse une vieille boîte en fer, referme la porte. Avec cette nouvelle clé, il ouvre une nouvelle porte et l’église s’ouvre aux visiteurs. “Welcome” lance-t-il tout sourire. Sa mission est remplie. Il faut dire que le vieux Christos fut militant communiste et maire de son village. Il en a vu d’autres. Il s’assoit.
Mais voici qu’une alarme retentit. “Et quoi ?!”, dit le guide. “Tu n’as pas le code Papi ?” et celui-ci de répondre : “Je reviens de 15 jours d’hôpital…j’ai oublié !”
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Ecrit par wejna le mai 19th , 2010
Elle se tient là, dans l’encadrement de la porte, avec un T-shirt noir et un jean moulant, des cheveux blonds avec des boucles en cascade. Le soleil commence à baisser sur le Christie’s Palace de Pedoulas, l’hôtel où elle travaille. Elle salue timidement quelques hommes qui passent dans la rue. Elle a déjà préparé le dîner et déambule sur la terrasse, s’occupe un peu des roses sous la tonnelle.
Il est difficile de lui donner un âge : 40 ans, peut-être plus. Elle communique en anglais, avec un accent. Des touristes demandent au patron d’où vient cette fille au physique peu commun dans la région : sa fille ? sa femme ? sa maîtresse ? Combien de fois lui a–t-on posée cette question ? Il répond que sa femme est à l’hôpital, que la dame blonde est une employée qui travaille bien et qui ne cause pas de problème avec les hommes. Il dit qu’elle est bulgare, qu’elle a été mariée, fut un temps, mais que ça n’est plus le cas. Il est content qu’elle soit aimable avec les clients.
« La Bulgare », comme on l’appelle ici, se tient de nouveau dans l’embrasure de la porte. Elle regarde un soap opera grec sur un grand écran plasma. A la télévision, un aventurier blond qui s’est perdu arrive dans un village où quatre filles s’occupe d’une maison de famille. Très vite, le héros tombe amoureux de l’une d’elle et veut l’emmener avec lui. Mais l’affaire se complique.
Un car de touristes vient de se garer devant le Christie’s Palace. Sur la terrasse, on l’appelle déjà pour une bière et un ouzo. A petits pas, elle rejoint l’arrière cuisine pour réparer des verres avec des glaçons et quelques olives. Dehors, l’air reste doux. Il balaye par endroit la poussière accumulée sur les fauteuils en skaï de 1920. La vigne apporte un peu d’ombre. Sur le sol, quelques pétales virevoltent. Les roses commencent à se fâner, déjà.

Vue sur les montagnes du Troodos depuis le Christie's
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Ecrit par wejna le mai 19th , 2010

Autre église orthodoxe, à Kakopetria, dans le Troodos
Pas un bruit aux portes de la ville. La cathédrale orthodoxe Agios Ioannis (St John’s Cathedrale). C’est dimanche. Le pope termine la messe. Un petit homme en toge noire sort prestement et s’empare des liens de la grosse cloche. Il se balance de tout son poids d’avant en arrière, jusqu’à presque en décoller du sol. La cloche retentit. Des jeunes gens sortent de la cathédrale, suivis du pope, comme un cortège. L’assemblée des pratiquants suit.
Les hommes ont la peau mate et les cheveux noirs tirés en arrière, le ventre rond. Ils portent des costumes bleu marine taillés juste au corps. Les femmes sont coiffées, en robe, les épaules et les chevilles couvertes. Les plus jeunes ont opté pour le pantalon et les talons aiguilles, les cheveux laissés libres.
Le soleil tape. Il est 10h, peut-être 11. Les familles se dirigent sans empressement vers la sortie, un sachet de papier blanc à la main. Les mains y picorent du pain bénit et des petites graines, qui se vendent sur un stand dans la cour.
Un vieille dame habillée tout de noir et coiffée d’une choucroute version années 60 nous salue d’un « Good morning ! » enjoué. Elle s’engouffre dans une Toyota grise métallisée d’un millésime récent. Elle monte côté droit. Ici, on roule à gauche.
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