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Que reste-t-il des Provos d’Amsterdam (suite)

Mardi, mai 31st, 2011

Cet article fait suite à celui du même nom écrit lors d’un premier voyage. A lire ici.

« Le joint et la bicyclette, y’a pas à dire, ça détend. » Ça pourrait être une explication…

J’avais remarqué ce vent de non conformisme : des plaquettes d’entreprises industrielles qui montrent des cadres en veste…et jean élimé, des open space au bord des canaux, des réunions brunch au café brun d’à côté, un pragmatisme prépondérant sur tout, des coffees shop et de la prostitution en toute légalité, le vélo comme moyen de transport n°1.

Je remarque aussi que les communautés se côtoient peu, qu’elles ont même peu d’occasions de se rencontrer. Je constate qu’en dehors d’Amsterdam, le brassage multiculturel est pauvre.

Alors où en est-on avec les idéologies ? La jeunesse d’Amsterdam rêve-t-elle encore d’une autre société ? A deux jours de mon départ, je rencontre Sjeord (prononcer « chourt »). Il a passé un an dans un dispensaire recueillant des enfants des rues en Inde à Chenaï. Il poursuit actuellement un doctorat en sciences humaines. Il est actif contre la spéculation immobilière en squattant des bâtiments inoccupés d’Amsterdam, propriétés de grands groupes internationaux qui n’en font rien. Après ses études, il souhaite passer quelques années dans une communauté Emmaüs.
Il me donne le contact de Fabian, un autre activiste social. Puis il me parle d’un
groupe hippie qui organise des parades et des événements dans le coin, “in a bohemian style” est-il précisé sur le site internet. A quelques kilomètres d’Amsterdam et surtout proche du sélect Amsterdamse Golf Club, se tient le petit village de Ruigoord, occupé par une communauté d’artistes.

Mais il me faut déjà repartir et je n’ai pas eu le temps d’aller plus loin dans ces rencontres. Je pars avec une furieuse envie de revenir et cet optimisme : dans chaque endroit du monde, il y a toujours quelqu’un quelque part qui refuse les formats imposés, interprète le présent différemment, croit, agit pour un futur autre, meilleur.

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Fiction n°3 #Piet Melle et le serpent de fer

Lundi, mai 30th, 2011


Piet Melle se leva ce matin là avec la gueule de bois. Impossible de se souvenir de ce qu’il avait fait la veille, le blackout total.

Il se souvenait à peine d’un dernier verre au bar de l’hôtel Okura tard dans la nuit. Le réveil venait de sonner deux fois, il était déjà en retard au travail.

Piet Melle est directeur financier dans l’industrie agro-alimentaire, le poulet plus précisément. Quand il arriva au bureau, il fit comme d’habitude, alluma son ordinateur portable et se prépara un café au lait. Il ouvrit Excel. C’est à ce moment précis que le cauchemar commença.
Les tableaux étaient comme brouillés, colorés plutôt, plus aucun chiffre n’était lisible. C’est en prenant le combiné du téléphone pour appeler le service informatique qu’il s’aperçut que le problème ne venait pas de son ordinateur. Le clavier du téléphone était lui aussi illisible. Il ne voyait que des tâches, impossible de composer un quelconque numéro. Il jeta un oeil rapide autour de lui. Ni son assistante ni les collègues dans l’open space ne semblaient dérangés. Tout était en ordre à part ces chiffres. « La pendule ? » se demanda-t-il. Des cubes de couleur. Le calendrier : idem.
Il se frotta les yeux et tenta en vain de se rappeler ce qu’il avait fait la nuit dernière pour être dans cet état. Il lui revint le vague souvenir d’une femme avec qui il avait discuté. Il se rappelait qu’elle parlait surtout de plantes et d’animaux. Il ne se souvenait pas qui elle était ni où elle habitait mais il se revoyait chez elle au milieu de rongeurs, d’oiseaux et de jardinières. Elle lui avait montré ses tableaux, blancs et noirs, indigènes, avec des motifs hypnotisants. Comment s’était-il retrouvé ensuite à l’hôtel Okura ? Le bar ne collait pas avec la fille. Il avait du se passer autre chose entre les peintures et l’hôtel.

« Ça va Piet ? » demanda d’un air inquiet son assistante.
Il n’avait plus touché l’ordinateur depuis une bonne demi-heure et elle avait du le remarquer. L’écran se mit en veille. Et le cauchemar continua. Les courbes windows se transformaient tout à coup en un énorme squelette de serpent, une ossature de métal, agressive, avec la gueule ouverte. Piet fut pris de bouffées de chaleur. Il prétexta un déjeuner et sortit rapidement. La zone industrielle du port était à deux pas du Westerpark. Il décida d’y faire un tour, aller manger une pannekoeke (large panecake) à la ferme, reprendre ses esprits.
C’est alors qu’il retomba nez à nez avec la femme aux peintures indigènes. Elle portait une broche de métal en forme de serpent…

à suivre

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Fiction n°2 #Un soir de match

Dimanche, mai 29th, 2011

Pub O’Really près de la place du Dam. 10:00 du soir. Les écrans plats diffusent une rencontre Real Madrid contre le Chelsea Football Club.

Trois gars discutent au comptoir. Ruud fait plus jeune que les autres, ce qui lui vaut toujours les brimades de ses acolytes. « Avec tes petits cheveux blonds, ton 1m75 et ta tête de petit garçon pris en faute, tu volerais n’importe qui” le chambrent-ils tout le temps. Il n’y a d’ailleurs que lui qui se fait appeler par son prénom. Jones, Azim et Meuerlaan ont le visage plus marqué. Meurlaan recommande une tournée de Kilkenny pour tout le monde :

- Ruud, c’est la dernière fois que je viens de te chercher au poste de police ! La dernière t’entends ! Si t’es pas capable de gérer ton affaire, tu changes de business. Je ne vais pas me griller pour un mec qui sait pas refiler un vélo sur Amterdam Centraal.
- T’énerve pas Meuer, répond Ruud. C’est parce que je suis resté trop longtemps sur la revente des pignons fixes, tu sais c’est à la mode en ce moment ces biclous là. Trop de succès, je me suis fait repéré bêtement par les flics.
- Pourquoi tu mets pas un T-shirt avec la marque de tes vélos pendant que tu y es ? Trou du’c va ! Je t’ai dit : des Gazelle et des Batavus, c’est pépère, tu passes inaperçu, renchérit Azim. Facile à piquer, facile à revendre.
- Faudrait peut-être qu’on raccroche tout simplement, lance Jones qui se contentait jusque là d’écouter la conversation.
- Tu veux faire quoi trou du’c dit encore Azim, ouvrir un coffee shop pour touristes français dans le quartier rouge ?
- Oh, ta gueule Azim…laisse le parler, le coupe Meuerlaan un peu las. Un petit resto sur Bloemendaal aan zee, au bord de la mer près d’ici ça me dirait bien. Y’aurait des filles…
- Ouais, répond tout de suite Ruud, enjoué. On servirait des bitterballen (croquettes fourrées de béchamel) de chez Van Dobben et de la Heineken X-Cold (bière blonde coupée avec de l’eau, servie très fraîche).
- Faudrait qu’on se mette au golf les gars, finit par dire Jones après un temps en se préparant un gros cigare.
- Au golf ? l’interroge Azim. Mais il est fou lui, t’as forcé sur l’Amnesia (herbe forte) ou bien ?
- J’ai regardé le Ballantine’s Championship l’autre jour. Depuis que ma copine a pris un abonnement à KPL Internet TV, je passe mes journées devant la télé. Je regarde surtout le golf. C’est tranquille. Tu sais combien se fait un joueur de golf professionnel ?
- Pas plus qu’un joueur de foot en tout cas ! dit Azim sceptique. Le Real Madrid venait de mettre un but.
- Miguel Ángel Jiménez s’est fait plus de 15 millions d’euros depuis ses débuts rien que sur le tournoi européen, annonce sérieusement Jones.
- Fffuuuiii, siffle Ruud. On pourrait s’entraîner pour voir, y’a pas un golf après Haarlem, à l’ouest ? Hein, les gars ?

À suivre…

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