Le Sud

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Monte Carlo et la Carte Or

Mardi, février 16th, 2010

Vie quotidienne au port. Des yachts en provenance d’Afrique du Sud et des Iles Caïmans, gros comme 10 maisons Bouygues se font lustrer par une armée d’employés asiatiques. Premier jour des soldes : des pépettes russes et italiennes en manteau de fourrure font la queue devant les vitrines de Gucci et Valentino. Pendant ce temps là, les hommes se rendent au Casino de Paris. Devant, c’est un ballet de Lotus, Porsche, Lexus, Maserati, Rolls (la tendance est au noir mat…). Les clients privilégiés sont accueillis par le voiturier en chef qui fera garer la voiture en face de l’entrée principale. A une table, deux petites frappes en Bombers s’initient à la roulette. Du blanchiment d’argent vite fait bien fait ? Un peu plus loin une famille italienne aligne l’équivalent d’un mois de salaire en billets de 50€. Le croupier les engloutit un a un toutes les 10min. Un peu plus loin, au black jack, un homme joue pour 5 en misant 1000€ par tour (200€ minimum de mise à cette table). Il perd 5000€ en 1/4 d’heure. Les croupiers restent impassibles sous l’œil des inspecteurs de jeu et des caméras.

Vie quotidienne au Monte Carlo Bay. C’est un des palaces de la Société des Bains de Mer. Ici pas d’authentique patrimoine, pas de demeure de charme version Grandes Etapes Françaises, c’est ambiance nouveau riche avec design contemporain et haute technologie. Louer une chambre donne droit à la Carte Or, un multipass pour accéder au Casino (of course) mais aussi la piscine, la salle de sport, etc. J’observe la clientèle. A la piscine, le dress code veut qu’on choisisse son maillot de bain comme une robe de soirée. On y descend en peignoir et en Rolex avec des magazines people. Les hommes et les enfants s’éclatent dans l’eau, les femmes restent sur les transats n’osant dévoiler leur corps imparfait, téléphonent à leurs copines et jouent avec leur iphone. Dans le jacuzzi, un gaillard moche et poilu est entouré d’une brune et d’une blonde, toutes les deux jeunes et les seins hauts. Il semble qu’ici tout s’achète et que tout peut s’acheter. On se fait plaisir en achetant. On achète pour faire plaisir à l’autre. On achète l’autre pour se faire plaisir. On garde une moue boudeuse comme attitude désinvolte et branchée.

Casino de Paris - Monte Carlo

Ces plaisirs chers et hédonistes sont-ils indécents ? Comment est gagné cet argent ? comment y’en a-t-il autant ? Dois-je m’offusquer de voir les billets tomber dans une table de poker plutôt qu’à financer des puits au Mali ? Je ressens de la fascination et de l’impuissance mais je n’arrive pas à ressentir du mépris. Le monde est un puzzle où la plupart des pièces sont sellées par le ciment des intérêts économiques. L’argent lie et délie les gens, influence le pouvoir, le trop d’argent ou le manque d’argent. Les idéologies sont-elles à ranger au musée ?

Pour connaître le monde, ne faut-il pas en approcher toutes les facettes ? J’aime que les écrivains-voyageurs soient des témoins de tous les mondes : le manque d’eau dans les campagnes marocaines, les mariages arrangés en Corée, comprendre que le vendeur de billets de bus de Nazca n’ira sûrement jamais voir le Machu Pichu quand le client du Casino de Paris y arrive en hélico. Pour l’aimer ce monde, ne faut-il pas en apprécier toutes les saveurs même les plus amères, le voir comme un inventaire à la Prévert : « [...] Avec les épouvantables malheurs du monde qui sont légion, avec leurs légionnaires, avec leurs tortionnaires, avec les maîtres de ce monde, [...] avec les saisons, avec les années, avec les jolies filles et les vieux cons [...] » (extrait de Pater Noster)

Soleil levant depuis le Monte Carlo Bay

1 Commentaires ↓

  1. mar
    2
    9:42
    Yves

    J’aime cette escapade à contre-courant des déserts, des dénuements, de la pauvreté érigés comme norme dans la sphère routarde. Il flotte dans ton récit comme une saine transgression des codes du voyage, la bousculade des frontières du touristiquement correct. Voir avant de juger, comprendre que le monde est un tout pas seulement ce qu’on veut en voir en vacances, qu’il faut composer avec, accepter un peu de l’inacceptable pour mieux s’en défaire… cette lucidité me semble une condition essentielle au réenchantement du monde dont il semble que nous ayons grand besoin.
    “Avec toutes les merveilles du monde
    Qui sont là
    Simplement sur la terre
    Offertes à tout le monde
    Éparpillées
    Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
    Et qui n’osent se l’avouer”
    Jacques Prévert, ibid.

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Monte Carlo, escapade luxueuse

Mardi, février 16th, 2010

” Je trouve Monte Carlo très beau. On y pense à Fantômas comme à Homère en Grèce.” Jean Cocteau, 1923

Un peu étourdie encore du mélange mojito-champagne, je quitte Marseille endormie pour rejoindre Monte Carlo. La ligne de chemin de fer en direction de Vintimille en Italie est un régal. Elle longe toute la côte pendant presque 3 heures, le temps d’admirer l’eau turquoise, les roches rouges, les plages, les voiliers.

Pour introduction, on pourrait dire que la principauté de Monaco est le pari fou d’un homme tombé amoureux d’un rocher et d’une baie. Prenant le château surplombant l’endroit, il s’annexa une bande de terre de 2km² pour en faire un royaume. Depuis le XIIIe siècle, la famille Grimaldi règne ici. Mais on retiendra surtout l’économie si particulière de la principauté alimentée par…la France (qui reverse une cote part de la TVA collectée selon un calcul avantageux pour Monaco), l’industrie mais aussi le tourisme (incluant les casinos) et l’immobilier.

Du haut de son fort, le Prince doit bien s’amuser à regarder le monde de paillettes qui s’agite à Monte Carlo, le port en contrebas. On est bien loin du luxe raffiné et discret des intellectuels dandys parisiens d’après guerre. Mafia italienne (?), riches familles d’Emirats arabes (?), entrepreneurs chanceux suisses ou russes (?), ont remplacé les d’Ormesson et les Cocteau. C’est le temple du luxe vulgaire façon bling bling. Il s’affiche en carte de visite. L’argent est religion, l’égoïsme est roi.

Je n’aurai moi-même qu’à vous raconter des plaisirs hédonistes, puisque c’était l’objet de cette escapade. Se faire plaisir grâce à des chambres 4 étoiles « bradées » en hiver au Monte Carlo Bay. Qu’il fut bon, entre autres, de se promener dans un jardin exotique et s’endormir au soleil, de se balader en surplombant la mer, de goûter le meilleur bacon du monde le matin en terrasse, de dormir dans un lit large comme trois fois moi, d’hésiter entre la douche et la baignoire de la salle de bain, de regarder mes séries préférées sur grand écran plasma, de me réveiller avec le soleil sortant de la mer, de nager dans une eau chaude sous les étoiles, de boire un Ruinart face à la mer, de s’endormir au son des vagues.

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Un couché de soleil à Allauch

Lundi, février 15th, 2010

“La Provence dissimule ses mystères derrière leur évidence” Jean Giono

Dans quelle mesure la géographie d’une terre influence-t-elle ses habitants ? C’est la question que s’est posée le réalisateur Luc Moullet dans son documentaire “Une terre de la folie”. « L’arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué un jour à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde-champêtre, coupable d’avoir déplacé sa chèvre de deux mètres. » Partant de ce fait divers, son explication consistera à démontrer que les crimes de ce type ne sont pas rares dans une certaine zone des Alpes du Sud et qu’il existe bien un pentagone de la folie délimité par 5 villes clés. On y tue sans mobile, paroxysme de la folie pour l’auteur. Avec ses interviewés, Luc Moullet cherche des explications : un climat et des terres rugueuses (le vent rugit violemment sur les plateaux, la sécheresse, une terre extrêmement difficile à apprivoisée) combinés à un fort isolement des habitants, une certaine consanguinité, un manque d’éducation seraient des clés.

A Marseille, on a aussi ses spécificités : on parle fort, on drague, on raconte des craques. Et si on essayait d’oublier ce Mistral qui vous single, ces ruelles toujours en pente, cette terre juste derrière qui manque d’eau, un taux de chômage indécent, ou l’Afrique qu’il a fallu oublier derrière soi ? Marseille est joyeuse et nostalgique. Les papis à casquettes qui parlent le provençal regrettent le ferry boat et le temps de Pagnol. Les vieux maghrébins à tarbouches scrutent l’horizon depuis le fort St Jean en pensant au bled.

Au sommet d'Allauch, la chapelle Notre-Dame du Château - photo Christelle Rivas

La roche sèche, les pins tordus, le vent, les ciels contrastés, le pays est rugueux. J’aime ces terres où la nature est définitivement la plus forte, où elle façonne des hommes rudes, fiers, attachés à leur histoire. J’ai découvert Allauch, petit village perché à une dizaine de kilomètres au nord de Marseille. La mairie le présente ainsi : “un massif forestier protégé de 4 000 hectares dont la plus grande partie est recouverte des collines chantées par Pagnol et par Giono”. En fin d’année, on s’y rend en famille voir la Pastorale, une crèche immense faite de milliers de santons de Provence représentant tous les corps de métiers et des personnages fétiches comme le bouffon Pistachier. Au sommet d’Allauch, une église à flan de coteau défit le Mistral. Elle trône là, offrant une vue incroyable sur Marseille et ses environs.

Mon guide ce jour là est Christelle. Marseillaise exilée à Tours, elle porte du Sud un accent chantant et un sourire constant. Avec elle, chez elle, j’ai découvert une autre France, les traditions provençales, un autre Marseille. Ses parents tiennent une boulangerie au cœur du quartier des olives. Akhenaton s’y rend souvent…paraît-il.

Je suis émerveillée de redécouvrir toujours de nouvelles campagnes. La France ne me lasse jamais, elle abrite des terres et des histoires à profusion. J’ai hâte, comme l’année dernière de retourner fouler tranquillement ses chemins.

Au loin, Notre Dame de la Garde à Marseille - photo Christelle Rivas

Au loin, la basilique Notre Dame de la Garde à Marseille - photo Christelle Rivas

2 Commentaires ↓

  1. mar
    2
    9:15
    Yves

    Pour ta prochaine escapade, s’il te reste encore une petite place dans ton sac vagabond, glisse ce “Marcher, une philosophie” de Frédéric Gros. Une longue réflexion sur l’art de “mettre un pied devant l’autre et de recommencer”.
    [Voir : http://www.nonfiction.fr/article-3119-p1-la_philosophie_en_marchant.htm

  2. mar
    2
    10:29
    wejna

    déjà dans les bagages @Yves -

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