Fabrique de bombes
Ecrit par wejna le septembre 19th, 2010“Regardez-moi bien dans les yeux…j’ai dit les yeux !”
On dit des femmes de l’Est qu’elles sont belles : des jambes interminables, la taille fine, le corps mince, la peau blanche, le regard bleu et les cheveux de jais ou de blé. Je le confirme.
On dit des femmes de l’Est qu’elles sont chaudes et excessives. Gare aux généralités. Mais quand même. Je dois admettre que c’est l’impression qui domine. Nettement.
Passer du communisme à l’ultra-libéralisme a ouvert les vannes du luxe et de la luxure. Moi, fille de l’Ouest qui ne connait pas la censure, j’en prends un coup. Oui, voilà je l’avoue, je suis choquée !
La télévision délivre en boucle des clips ou les blondes / brunes (pas d’entre-deux, qui fantasmerait sur un châtain ?!) se trémoussent plus qu’elles ne chantent, sont mises en scène dans des scénarios frôlant le sm ou la prostitution. La chalga (pop techno aux rythmes des Balkans revisités) a un succès fou. Ses détracteurs en disent que c’est une musique de merde avec des putes, financée par la mafia. Shakira, le hip hop noir américain ? Des enfants de choeur ! Ce ne sont que des images, des fantasmes me direz-vous encore. Et bien pas que.
Dans la rue, les jeunes femmes sont juchées sur talons de 15cm, le jean moulant, le cheveux peroxydé, gaufré, choucrouté, la bouche et les ongles peints de rouge ou de fuchsia, le corps découvert du dessous des seins aux os des hanches. Sex-appeal il y a.
Mieux. Sur une scène de fête de village, de jeunes ados (12, 14 ans au plus) reproduisent de façon très appliquée les chorégraphies des clips. Je me demande un instant si c’est de la pure imitation gestuelle ou si elles s’exécutent en conscience. Comprennent-elles les paroles en anglais : “Take me on the floor” ou “I like the way you move your lips, I like the way you shake your ass”. Je remarque d’ailleurs un trouble certain chez mes compatriotes masculins qui m’accompagnent.
Dans ma chambre d’hôtel, on sonne à 2h30 du matin. J’ouvre et fait face à une troupe de pré-ados à queue de cheval lisse et me dépassant de 10 cm. La paupière fardée outrageusement de vert, tombante sur un oeil gris brillant, une canette de bière (version 50cl) à la main, l’une d’elles ouvre une bouche boudeuse : “Do you have a laptop ?”. Je réponds “Sorry, not tonight” avec un ton qui se veut ferme et outré avant de retourner à ma tisane. C’est fou ce que les temps changent.


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