Au Balkan Youth Festival
Ecrit par wejna le septembre 8th, 2010J’atterris en Bulgarie pour une semaine. Motif officiel : couvrir en photo des workshops lors d’un festival de musique réunissant des groupes européens et tourner un clip pour le slameur LX. Dans les faits, je me vois intégrer une sorte de colonie de vacance multiculturelle coachée par des matrones bulgares gothiques. Mais au final, j’en retiens une belle découverte de la jeunesse européenne…
Le Balkan Youth Festival est nous a-t-on dit un grand festival de musique dans le pays, réunissant de jeunes groupes venus d’Europe. En réalité c’est un embrigadement : l’hôtel est un bâtiment post-communiste où les groupes sont hébergés à 3 ou 4 par chambre, même T-shirt obligatoire pour tout le monde, Marta la cheftaine tape à la porte et gueule un « on se lève » en Bulgare à 9h, la journée commence par des jeux de mimétisme digne d’un entraînement au BAFA, l’après-midi se poursuit entre découverte du folklore et visite d’un centre pour jeunes enfants handicapés. Le soir : alcool à flot, cigarettes et musique forte. Au troisième jour de « festival », aucun groupe n’a encore joué ses compositions…Vient alors naturellement cette question : mais qu’est-ce que je fous là ?
On l’aura compris, il y a une autre ambition derrière ce festival de pacotille. Créé il y a quinze ans, son intention était de rassembler des jeunes des Balkans pour promouvoir l’amitié plutôt qu’une haine et des préjugés nés des tensions politiques. Aujourd’hui, cette idée persiste avec une ouverture européenne. De jeunes volontaires européens et deux salariés dévoués montent cahin-caha chaque année ce rassemblement avec de faibles moyens.
Maëlia la Guadeloupéenne, Béa l’Espagnole, Zofia la Hongroise, proches et différentes.
A faire youpa youpi yeh à la fraîche entre un Hongrois et une Espagnole, à parler de goûts musicaux, à boire des bières, à danser le folklore, à parcourir la ville à pieds pour telle ou telle excursion, à vivre en vase clos, je communique, je me frotte à l’inconnu, je découvre. Derrière le kitch des soirées « présentation gastronomique de son pays » et des superboums, j’apprends à situer la Lituanie et que le pays est fou de basketball, que les spécialités bulgares et grecques ont quelques ressemblances, etc. Que sais-je en fait de l’Europe ? Au delà des pays limitrophes, que sais-je de ces territoires de l’est à cheval entre la Russie, l’Orient, et l’Occident ? Que sais-je de Zofia la Hongroise, Ina la Bulgare, Kristof le Polonais, Christina la Roumaine ? A bien les observer, je remarque qu’en apparence nous ne sommes pas si différents : une même façon de redresser ses cheveux, les mêmes petits bracelets au poignet, les mêmes ballerines liberty à la mode cet été, les mêmes tubes de Nirvana fredonnés à la gratte, etc. Au delà de ces apparences, je remarque des différences profondes sur la place de la religion, les croyances et les superstitions, sur les émotions, les histoires familiales, les horizons.
A travers mon rôle de photographe, j’ai cherché dans les détails ce qui pouvait me raccrocher à une Bulgare, un Roumain d’un Turque, etc. Face à l’inconnu, mon oeil a cherché des indices de similarités, ces petits riens internationaux qui nous font groupe. Si la mondialisation apporte une uniformisation, elle apporte aussi une facilité de dialogue (l’anglais international), le mimétisme des parures (un tatouage, une bague, etc.), des codes de comportement (partager une cigarette, échanger un mail, danser, etc.)
Cette semaine, sans aucun doute, l’Europe aura pris sens.
Rechercher chez l’autre ces petits riens similaires qui rassurent au delà des différences.
Cette série d’images (visible dans le portofolio) a été récompensée par le premier prix du concours photo du Balkan Youth Festival.


Loading ...
8
Excellente initiative qui devrait être plus connu du public. Au moins autant que le terme xénophilie dont ton article m’a donné envie de savoir s’il existait.
9
Raconte-nous, raconte-nous, cette Europe méconnue qui a tant besoin de consolider la paix. Et courage pour affronter le babel des langues et des alphabets !
10
Aurélie l’indépendante, parachutée dans un camp de scouts avec gentils organisateurs: c’est pour le moins inattendu! Mais effectivement, au-delà de ces aspects matériels, le vrai problème des mixités SOCIALE et CULTURELLE va indéniablement enrichir tous les participants. Tout à fait d’accord avec le commentaire de xebeche…
Un autre regard sur les ROM ???