Chemin de St Jacques : la vie moderne

Ecrit par wejna le juillet 24th, 2009

La campagne française se meurt. Les pas de porte sont à l’abandon : ici un restaurant chinois qui a baissé les bras, là un cuisiniste qui n’ouvre que sur RV, cinq boulangeries toutes fermées parce que c’est lundi ou les vacances scolaires. Je n’avais jamais pensé qu’à 30km de chez moi, la campagne était si pauvre. On y passe, en voiture, on ne s’y arrête pas.

Marcher donne à voir la France, celle d’hier, restée intacte dans les campagnes. Les champs sont superbes, le matin surtout. Les lapins y courent par deux, les coqs chantent à tue-tête et se foutent de l’heure. On y croise à 8h du matin des vieux déjà debout, cheveux lissés sentant l’Eau de Cologne et qui vous saluent d’un « ma fille ! ». On y apprend en une journée toute l’histoire d’un village : la famille des Hollandais qui se sont installés en 1976 et dont le fils continue de cultiver les terres, le pépiniériste qui s’est suicidé pour une histoire de mère et de femme, ou l’infirmier demi de mêlée qui roule trop vite sur les petites routes, etc. On élit Maire un bonhomme plus que des idées. On regarde le foot entre hommes dans de gros fauteuils en cuir pendant que les femmes se racontent des histoires autour de la tisane. Ce sont de ces villages où la voisine de la coiffeuse ira demander à un cousin commis à l’hôtel trois étoiles d’à côté s’il ne reste pas quelque chose en cuisine pour deux pèlerins désœuvrés un jour de 1er mai.

Je cherchais les racines de l’identité françaises, les voici elles sont là.

En face des vieilles longères en ruine où des mamies en blouse se lèvent encore au lever du jour pour ramasser des poireaux, des maisons Bouygues avec paraboles se construisent. Les vieux vivent au rythme du soleil et des saisons, les jeunes vivent dans le neuf au rythme de la technologie et de l’information planétaire. Je ne sais s’il faut être nostalgique. On ne peut en vouloir aux nouvelles générations de chercher plus de confort, d’attractions, de nouvelles du monde et d’avoir troqué le travail de la terre pour un bureau climatisé. Cette campagne française est celle que j’aimais.

photo : extrait du film “La vie moderne” de Depardon

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