Le Mois du Film Documentaire accueille Toyong

Ecrit par wejna le November 7th , 2012

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La tempête de Beethoven

Ecrit par wejna le September 3rd , 2012

Tout a commencé par Étienne, à Saint-Pol-de-Léon.

Après une quinzaine de kilomètres à vélo en venant de  Roscoff par la côte, le ciel commençait à se noircir et le vent à devenir plus rageur. Étienne avait préparé un thé rouge. Sa maison se cache dans un hangar vide dont il a entièrement redessiné l’architecture. Tout y est récupération et histoire : une grosse table de bois dans la buanderie – chambre d’amis, un baromètre en cuivre, des couverts en argents dans une armoire aux portes grinçantes, des chaises dépareillées, un ancien fauteuil club au cuir passé, un hublot transformé en table basse, un sac de marin rembouré en coussin, des plaids en grosse laine.

Dehors, la pluie bat maintenant les vasistas et le jour décline. Étienne est marin, plus exactement  est lieutenant sur les ferries pour l’Angleterre : « Je regarde la mer, les bateaux et je m’assure qu’on arrive à bon port. » Issu d’une famille de marins, d’ici et d’ailleurs, il regrette de ne pas être bretonnant, c’est à dire ne pas parler pas breton. Mais il est intarissable sur l’histoire et la géographie de la région. Il sert une bonne soupe de pommes de terre et carottes du jardin, veloutée et sucrée. Il propose un maquereau à la chair grasse et tendre, pêché par son père, puis un gâteau pommes-noisettes tout juste sorti du four. Il s’excuse de la simplicité du repas, je suis ravie, moi, d’être ici. Étienne parle bas, il a des soucis avec une oreille. A l’extérieur tout est calme, pas de circulation, seulement le vent et des foyers où on dine.

Plus tard, une tasse de thé réchauffé à la main, il alimente le feu de la cheminée de petits tronçons de bois. Les murs du coin lecture sont vert gris, couleur du nord, avec des moulures en bois vernis, couleur des intérieurs de bateaux. Des piles de revues de déco et des livres d’architecture trônent sur une vieille malle. Un piano à queue en bois foncé, massif, démesuré, occupe toute la pièce. Étienne aime Nina Simone et la musique classique. Au milieu du hangar transformé en petit paradis, il fait courir ses doigts sur les touches jaunies. Il aimerait savoir jouer La tempête de Beethoven et pouvoir emporter un petit orgue sur les bateaux. Dehors il fait noir. La musique envahit toutes les pièces.

Il se fait tard. Le silence reprend finalement sa place. C’est un beau voyage qui commence.

A vélo : Roscoff -> St-Pol-De-Léon -> Plougasnou -> Lannion Beg-Léguer

4 Commentaires ↓

  1. Sep
    3
    9:24
    PM
    bambou

    J’aime le chez lui d’Etienne…un côté récup/vintage/chaleureux…
    j’aime!!!

  2. Sep
    3
    9:27
    PM
  3. Sep
    4
    10:10
    AM
    bioni

    Après un tel récit on ne peut qu’avoir envie d’aller frapper à la porte d’Etienne !

  4. Sep
    10
    5:26
    PM
    wejna

    merci ! oui, c’est très joli et comme les meubles d’Etienne, indémodable@bambou

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Une peinture romantique

Ecrit par wejna le September 3rd , 2012

“Tempête de neige: bateau à vapeur au large d’un port faisant des signaux et avançant à la sonde en eau peu profonde. L’auteur se trouvait dans cette tempête la nuit où l’Ariel quitta Harwich”. Turner, huile sur toile 1842

Le ciel plane comme une ombre menaçante, permanente, qui rend les hommes de ce pays gaillards et frustes. Des arbres, des fougères, de l’herbe rase, jaillit un vert foncé, vigoureux, comme une moquerie lancée au temps mauvais.

Suroît, le vent venant du Sud-Ouest, pousse les vélos dans les montées, annonce une dépression latente. Il excite les caractères, les presse d’impatience : « Mais quand vient-elle cette pluie à la fin ?! ». Mais la vie suit son cours. On lève les yeux, on guette. Puis tout se fige, les nuages se sont accumulés, maintenant immobiles au dessus des têtes. Noroît. Dans un ultime élan, le vent change de sens, redouble de fureur, souffle, gémit, par de grandes bourrasques venu du Nord, il refoule les nébuleuses pluvieuses. On s’agite alors, on court, on range, on se protège, on rentre. La pluie froide s’abat droite, d’un ciel noir jusqu’aux horizons. Puis c’est le vide. Plus personne dans les villes. Les pavés se mouillent, glissent, les rues ruissellent. Le silence.

Heureusement, au coin d’une venelle, il y a toujours une maison qui sent le blé noir et le beurre chaud. A Tréguier, La Dentellière tient allumées ses petites lumières. Carrelage blanc, tables alignées en bois, murs de pierres, quelques bibelots de folklore, font un décor austère mais familier. Une femme entre deux âges prend la commande sur un petit bout de papier. Elle a un joli visage et des cheveux bouclés or et sel. Elle ne sourit pas vraiment, parle peu, mais son regard est doux et elle est attentive. Elle sert vite, des galettes fumantes. Les cœurs se réchauffent. Dans une heure ou deux, le ciel lui-même aura tout oublié de sa colère.

A vélo : Lannion Beg-Léguer → Perros Guirec → Paimpol Plourivo

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